China Narcissus

 

Written by Morgan COUTURIER
Translated by Joseph FELIX
Published on SHEEBA MAGAZINE ~ March 2018

La [la] Narcissus

Les narcisses sont des plantes à bulbes dont la beauté, très appréciée dans les jardins, cache leur toxicité contenue dans la galantamine.

Pierre SAGE débride la Chine rétinienne

Photographe lyonnais, Pierre Sage s’est rendu en Chine avec l’idée d’imposer son univers de charme et de sensualité à un pays encore fermé sur le sujet. Avec succès, si l’on en juge ses clichés.

« La nudité est la sincérité, une honnêteté que tout le monde peut avoir », exposait l’auteur espagnol Jacinto Benavente. Ce qui vaut en France et de l’autre côté des Alpes n’est pas la vérité de toutes les contrées. Encore plus en Chine, où le nu demeure encore un tabou du quotidien chinois. Ainsi va la vie de l’Empire du Milieu. Même l’art, si souvent utilisée pour briser les chaînes, se heurte encore aux restrictions de son président Xi Jinping. En 2011, l’artiste Ai Weiwei avait, en vain, tenté de braver les interdits. Six ans plus tard, la flamme brûle toujours. Par l’iris d’un français, Pierre Sage, auréolé d’une culture photographique au parfum de volupté, débarque en Chine fin 2017. « Exposé en 2014 au Festival Européen de la Photo de Nu à Arles, j’ai été repéré par une association chinoise qui favorise les échanges artistiques et culturelles entre la France et la Chine » raconte l’intéressé. « Cette société est alors revenu vers moi en novembre 2016 ».

Ses mises en scène autour de la sensualité et de la séduction interpellent, jusqu’à séduire les organisateurs du prestigieux salon international Beijing Photos. Non sans quelques censures, ou réticences dirons-nous. « La sélection des tirages exposée fut drastique » convient-il. Ce n’est pas tant la nudité qui dérange que l’érotisme et la sexualité affichés à travers les jeux de regards et les attitudes. C’est difficilement convenable en Chine ».

Dans une société témoignant d’une certaine frustration, Pierre Sage fascine et jalouse, ses œuvres captivent et envoûtent.

« Pour beaucoup de chinois, je couche tout naturellement avec mes mannequins. »

L’art et la manière, tout une histoire. « Les chinois adorent. Leur passion pour la photographie est sans commune mesure avec la nôtre, ancrée dans les traditions et la culture de l’image. Ils sont friands de travaux et d’approches qu’ils ne connaissent pas, et qui leur est difficile de dévoiler librement. Pourtant, ils aimeraient s’exprimer avec une totale liberté, je l’ai vraiment ressenti. » confie-t-il.

Alors les fantasmes se vivent au gré des clichés de ce « frenchy » à l’univers pas si Sage, animé par ce désir irrépressible de shooter au sein de cette ville à l’éternel printemps. Rude pari pourtant, que de rapprocher des corps déshabillés dans une Chine réputée pour prôner la chasteté. Mais force est de croire que le charme à la française n’est pas qu’une utopie ramenée d’explorations. Là où beaucoup ont subi le courroux des politiques, Pierre Sage parvient à ses fins, avec élégance et (im)pertinence. À raison de quelques ajustements, car si le nu demeure impossible, le charme et la sensualité viennent s’ajuster avec volupté devant l’objectif. « Les corps étaient impossible à dénuder avec plus de légèreté », martèle-t-il. « Nous étions dans les locaux d’une société, en présence des collaborateurs et de photographes venus pour cette occasion. C’était extrêmement compliqué ».

Le résultat a finalement fier allure. Et ce, en dépit des « impondérables » et d’une organisation capricieuse. « Hormis la date, le shooting s’est déroulé dans l’improvisation tant au niveau du lieu, de la durée, des mannequins et de la disponibilité du matériel », énumère-t-il en guise de conclusion. Signe que les belles histoires se bonifient généralement au détour des péripéties. Celles de Pierre Sage n’en sont qu’à ses balbutiements.


La [la] Narcissus

The Narcissus are bulbous flowering plants whose beauty, much appreciated in gardens, conceals their toxicity, as contained in their galantamine.

Pierre Sage unleashes China

Lyon-based photographer Pierre Sage set out to China to impose his universe of charm and sensuality upon a country that remains closed off to such issues. And successfully so, judging from his photos.

«The nude body is sincerity – honesty that everyone can have », once stated Spanish author Jacinto Benavente. That may be so in France and beyond the Alps but not in all countries and much less in China, where the nude body remains taboo in everyday life. Such is life in the land of the red dragon. Even art, often used to break chains, runs up against the restrictions imposed by President Xi Jinping. In 2011, the artist Ai Weiwei had tried in vain to defy such limitations.
Six years later, the flame burns on. Through French eyes, Pierre Sage, with his voluptuously fragrant photographic culture, arrived in China in late 2017. « While exhibiting my work at the European Festival of Nude Photography at Arles in 2014, I was spotted by a Chinese association promoting artistic and cultural exchanges between France and China », he recalls. «They then contacted me again in November 2016 ».

His sensual and seductive stage wooed the organizers of the prestigious international fair Beijing Photos, though not without its fair share of censorship and reticence. «The exhibit photos underwent a drastic selection process», he admitted. « What was found disturbing wasn’t so much the nudity per se but rather the eroticism and sexuality portrayed in the models’ looks and attitudes, something that remains rather unfitting in China ».
In a society which attests a certain frustration, Pierre Sage’s work inspires fascination and envy, captivating and bewitching all at once.

« Many Chinese think I naturally sleep with my models »

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Art and practice, quite a story. « The Chinese love it. Their passion for photography goes far beyond ours – steeped in their traditions and the culture of the image. They’re quite fond of unfamiliar approaches and new ways of working, which they have a hard time revealing freely. I really felt though that they’d like to be able to express themselves with total freedom ».

And so, fantasies are lived out in the shots of Sage’s not so well-behaved universe, driven by a compelling desire to shoot in the city of eternal springtime. Uniting undressed bodies proves however quite a risky bet in chastity-promoting China, but there’s reason to believe that French charm is not simply a utopia of explorations. Where others have suffered the wrath of politicians, Pierre Sage succeeds with elegance and (im)pertinence – and some adjustments, for where full nudity remains impossible, charm and sensuality step in to voluptuously adjust what’s in front of the lens. « We could not have stripped the bodies any more lightly», he insists. « We were in a studio full of collaborators and photographers who had come for the occasion. It was extremely complicated ».

The result is stunning – and all in spite of the capricious planning and its many imponderables. « Date aside, the shooting – place, length, models, equipment availability – all of it was entirely improvised », he concludes. Beautiful tales are woven with their fair share of twists, and those of Pierre Sage have just barely begun.


MODELS

  • LALA – the black & red narcissus
  • CERISE – the young woman in love
  • RAPHAEL – the prey & the male

PLACE

  • CHINE – Beijing (Pékin)

DATE

  • October 2017