Le shooting de ma Chine – II


I believe I can fly, I believe I can touch the sky.[R. Kelly]

Octobre 2017. Pékin. Une journée non ordinaire. Extra.

Une opportunité s’offre à moi: réaliser un shooting dans mon univers de charme et de sensualité. Au cœur même de la capitale chinoise, où tout s’exprime et rien à la fois. F*ck.

Le matériel est arrivé la veille au soir. Juste à temps. Tout y est, ou presque; nous sommes en Chine. A peine le temps de le prendre en main, je découvre cet espace de réception qui sera le lieu de mes mises en scène.




 

Tout est calme, la journée touche à sa fin dans ces bureaux d’entreprise. J’entends tout juste le claquement feutré de balles de ping-pong qui s’échangent. J’esquisse un sourire, je me rappelle ces années en pongiste éclairé, le top spin méthodique et travaillé.

« L’une des modèles ne viendra pas, notre assistante prendra sa place. » me dit-on brusquement.

Certes. A ce moment précis, je suis ici et nulle part. Lost in translation. Avec trois modèles dont deux jeunes femmes, dans une scène où s’exprimera aussi le bois de cette table aux dimensions généreuses. Et moi.




 

Je reste immobile, sans rien exprimer à mon tour. Ne deviendrais-je pas un peu chinois ? Je ne sais comment m’y prendre. Pourquoi ? comment ? quoi ? et qui ? J’y suis, je suis atteint par le syndrome pathologique de la page blanche, vierge diraient certains. J’esquisse un {autre} sourire, je me rappelle mes 17 ans et cette … Bref, je m’égare … Hors sujet. F*ck.

La coiffeuse/maquilleuse arrive, suivie de quelques photographes invités à observer. Je jauge fébrilement les modèles et leurs physiques. Je parcours les tenues et les lingeries en me raccrochant à une infime perception de leurs sensibilités. Je (re)deviens Sage. J’infuse et je diffuse, sans théine.




La suite est floue. Un flou qui n’est heureusement pas celui de l’objectif ou de sa profondeur de champ…
Par manque de temps – « nous n’en avons plus ! » me lance-t-on – la lampe pilote s’exprime alors, seule, dans un placement approximatif et une urgence de rideau. Je suis ici et nulle part, suspendu à mon univers et à ma sensibilité.

China Narcissus.
Le résultat est là, palpable selon moi. La ligne directrice s’est (im)posée d’elle-même, dans ces interactions et ces échanges orchestrés aussi dans mon inconscient. Me voilà mis à nu, mais pas en Chine. Next time. F*ck.

China Narcissus